Nudge et pleine présence

Publié le 2 mars 2022

Depuis le début de la crise sanitaire, les gouvernements, les cabinets de conseils, des ONG, des acteurs privés ou des institutions internationales n’ont plus de complexe à utiliser une nouvelle forme d’ingénierie sociale appelée le nudge. Cette théorie du nudge vise, soi-disant, à « influencer sans forcer » les personnes afin qu’elles prennent des décisions allant dans un sens préétabli. Or, n’est-ce pas là une nouvelle forme de manipulation mentale et comportementale qui ne dit pas son nom ? Et comment s’en préserver et ainsi garder sa liberté et son libre-arbitre ? La pratique de la pleine présence peut y aider. Voyons comment.

Depuis le début de la crise sanitaire, les gouvernements, les cabinets de conseils, des ONG, des acteurs privés ou des institutions internationales n’ont plus de complexe à utiliser une nouvelle forme d’ingénierie sociale appelée le nudge. Cette théorie du nudge vise, soi-disant, à « influencer sans forcer » les personnes afin qu’elles prennent des décisions allant dans un sens préétabli. Or, n’est-ce pas là une nouvelle forme de manipulation mentale et comportementale qui ne dit pas son nom ? Et comment s’en préserver et ainsi garder sa liberté et son libre-arbitre ? La pratique de la pleine présence peut y aider. Voyons comment.

La théorie du nudge est très à la mode depuis quelques années. Elle est aussi appelée communément théorie du paternalisme libéral, ce qui révèle bien ce qu’elle recouvre profondément en termes de motivation de ses promoteurs. C’est une théorie des sciences du comportement, reprise par la théorie politique et économique issue des pratiques du design industriel qui fait valoir que des suggestions indirectes peuvent, sans forcer, influencer et inciter à la prise de décision des groupes et des individus, de manière aussi efficace que l’instruction directe, la législation ou l’exécution[1].

Elle fut découverte et théorisée suite à une expérience dans les toilettes publiques de l’aéroport d’Amsterdam, où les designers des urinoirs ont dessiné une petite mouche au fond de la cuvette pour inciter les utilisateurs à viser ce qui aurait permis de réduire de 80% les dépenses de nettoyage desdits toilettes. À partir de cette expérience assez anodine, Richard Thaler et Cass Sunstein ont extrapolé toute une théorie d’économie comportementale qui leur a valu le prix Nobel d’économie :

« Le nudge, le terme que nous utiliserons, est un aspect de l’architecture du choix qui modifie le comportement des gens d’une manière prévisible sans leur interdire aucune option ni modifier de manière significative leurs motivations économiques. Pour ressembler à un simple « coup de pouce », l’intervention doit être simple et facile à esquiver. Les « coups de pouce » ne sont pas des règles à appliquer. Mettre en évidence directement sous les yeux est considéré comme un coup de pouce. Interdire uniquement ce qu’il ne faut pas faire ou choisir ne fonctionne pas[2]. »

Autant cette théorie et ses applications sont intéressantes pour des aspects anodins de la vie comme la cuvette des toilettes, autant elles posent question quand elles s’attaquent à nos choix économiques, à notre santé, à nos convictions politiques et à notre conception philosophique et spirituelle de la vie et du bonheur. Et surtout, quand « l’architecture du choix » s’appuie sur les émotions et les peurs des gens.

David Cameron et Barack Obama ont été les premiers hommes politiques à utiliser le nudge. L’affaire Cambridge Analytica qui a défrayé la chronique lors du référendum sur le Brexit et l’élection de Donald Trump, montre bien que les limites entre le coup de pouce et la manipulation ne sont pas claires, surtout quand celui-ci est couplé à la puissance du big data. Le vote d’un citoyen sous influence est-il toujours un vote valable ?

Dans un autre registre, celui de l’alimentation, une entreprise a proposé d’attribuer des points à ses employés en fonction de ce que chacun mangeait à la cantine. Les employés étaient ensuite incités à comparer leurs scores mensuels, l’objectif étant d’en faire une incitation à lever le pied sur les aliments gras. On voit qu’on n’est pas loin ici du principe de la notation sociale…

Mais c’est l’épidémie de Covid-19, qui a vu se déchaîner sur les populations une avalanche de nudge, et les cabinets comme McKinsey qui conseillent la plupart des gouvernements sur ce qui est pudiquement appelé « l’hésitation vaccinale », sont les champions de ces applications et comme souvent avec ces cabinets, avec assez peu de limites concernant l’éthique même des méthodes employées.

Tout d’abord, cela a commencé par une intense campagne de relations publiques pour faire comprendre aux gens que la vaccination était la seule option de sortie de crise et ce à force renfort de déclarations d’experts, de débats télévisés, etc. Le message était renforcé par des spots de pub à contenu subliminal associant les réouvertures aux injections. Ensuite, une fois la campagne lancée, comme la demande semblait ne pas être à la hauteur des attentes, on a joué sur la peur de la pénurie. « Il n’y aura pas assez de vaccins pour tout le monde, dépêchez-vous ! » On a enfin montré l’afflux de personnes et les files d’attentes devant les centres de vaccination pour activer le biais de conformité chez les citoyens. Tous les mécanismes émotionnels ont été activés, les autorités jouant sciemment sur des discours alarmistes appelant à une réponse émotionnelle, principalement la peur et la récompense. Peur du virus, peur du danger, peur du déclassement, peur de l’ostracisme, peur de l’isolement. Récompense d’être civique, altruiste, prioritaire, dans le bon camp, etc.

Je ne parlerai même pas ici des offres de récompenses directes, tellement elles sont grossières (hamburgers, places de cinémas gratuits, bons de réduction…)

On en arrive à la fin, à une incitation qui est devenue coercition avec les pass sanitaires et vaccinaux et les menaces directes et indirectes. Le mot pass lui-même est un nudge. Là où le mot « passeport » recouvre un champ sémantique légal simple, devenu assez lourd, ramenant au contrôle des frontières, le mot « pass » ramène à une idée subliminale de privilège. On a son pass vaccinal comme on a son pass VIP ou son pass coupe-file dans les musées, activant ainsi le mécanisme de la récompense.

Mais tout cela n’est-il pas de la manipulation mentale du plus bas étage ? Incite-t-on à être plus intelligent ou ramène-t-on les individus à leurs plus bas et vils instincts ? Peut-on construire une société sur ces mécanismes de manipulation émotionnelle et d’hypnose mentale ? Personnellement, je pense que non. Une société n’est civilisée et élevée que quand elle incite ses membres à sortir de ses instincts pour s’élever intellectuellement et spirituellement. Une société évoluée est une société de personnes suffisamment conscientes et raisonnables qui se rassemblent par choix plutôt que mues par des instincts grégaires. En particulier, en démocratie, le peuple étant souverain, il doit apprendre à être davantage autonome dans ces choix, sinon il devient une foule manipulable et donne aux manipulateurs la souveraineté qui normalement devrait lui revenir.

Or quel est le mécanisme cognitif de la manipulation à laquelle nous avons à faire face ? Et quelle est la faiblesse des individus qui permet à ce mécanisme de fonctionner à plein ?

Le mécanisme cognitif est simple et est basé sur la théorie des deux vitesses de la pensée[3]. Cette théorie, mise en forme par Daniel Kahneman, Prix Nobel d’économie, est celle de la dichotomie entre deux modes de pensée : le système 1 (rapide, instinctif et émotionnel) et le système 2 (plus lent, réfléchi et plus logique). En nous bombardant de stimuli continuels générant des émotions fortes chaque jour, les manipulateurs cherchent à nous cantonner dans notre système 1 qui agit sur le principe, stimulus – réaction.

Quand le système 1 est à l’œuvre, celui qui connaît les émotions potentiellement les plus perturbatrices qui nous traversent et connaît les mots et les formules qui les provoquent, a le pouvoir sur nous. Si je sais quels mots provoquent en vous, de la colère, de la peur ou toute autre émotion et que je sais les utiliser, alors j’ai pris la main sur votre esprit et pour peu que je sois habile, je peux vous faire faire ce que je veux…

Or, le problème majeur de nos sociétés modernes, matérialistes et consuméristes est que peu de gens ont été éduqués de manière à se connaître suffisamment. Nous sommes à la fois coupés de nos ressentis corporels, de nos capacités à voir le réel, enfermés que nous sommes dans une hypertrophie mentale qui voile et déforme nos sensations, nos perceptions et nos pensées. Incapables de connaître les moteurs puissants de son psychisme, l’individu moderne ne comprend pas ce qui le meut, ce qui lui fait peur, ce qu’il désire. La sur-sollicitation cognitive constante, faite d’informations, de publicités, d’images quasi-stroboscopiques qui se succèdent à sa conscience le rendent éberlué, hébété et exsangue à la merci de mages capables, eux, de lui indiquer un chemin à suivre.

Heureusement, nous avons un système 2 qui n’est pas la négation ou l’annihilation du système 1, mais sa transcendance. Il peut, basé sur les émotions et instincts ressentis, bâtir une compréhension plus profonde de lui-même et du monde, voir les illusions, déformations et biais de son expérience cognitive et ainsi se libérer profondément de ses schémas mentaux et psychologiques. Mais, le problème est que le système 1 est rapide alors que le système 2 est lent. Par conséquent, pour permettre au système 2 d’être actif plus souvent, il faut s’entraîner à sortir des automatismes du système 1, surtout, lorsque ces automatismes génèrent des réponses dont l’intensité n’a rien à voir avec le péril imminent de la situation.

« Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace réside notre pouvoir de choisir notre réponse. Dans nos réponses se situent notre développement et notre liberté. » Viktor Frankl.

Et j’ajouterai que cet espace se crée de la manière la plus sûre et la plus efficace par la pratique de la méditation de pleine présence.

La méditation de pleine présence est un entraînement visant à développer un état de pleine présence, état dans lequel, le « penseur » est suspendu. La suspension du « penseur » crée une parenthèse cognitive (proche de l’épochè de la philosophie grecque ou de la phénoménologie de Husserl) où il y a pleine attention ouverte et relâchée à ce qui est, mais suspension de l’interprétation, du jugement et des conceptions qui viendraient définir l’expérience. L’expérience y est nue, immédiate et directe, libre d’interprétations mentales. Cet état se développe progressivement par la pratique de la présence attentive, qui est un exercice méditatif de pleine attention à son corps ou à son souffle par exemple, visant à se déshabituer de l’hypnose mentale qui voile notre expérience.

À force de pratique régulière, on crée dans son esprit, de manière spontanée, le fameux espace dont parlait Frankl et cet espace entre stimulus et réponse, transforme la réaction instinctive et automatique en réponse choisie sur la base de l’expérience directe que l’on vient de faire de la réalité et non sur la base des voiles, notamment émotionnels, qui obscurcissent et déforment notre perception. En nous entraînant ainsi, nous nous sortons de l’emprise du premier manipulateur qui est notre mental ratiocinant et des manipulateurs extérieurs qui ont pour objectif de nous asservir à des choix qu’ils ont fait pour nous.

La pleine présence est l’antidote au nudge et à toutes sortes de manipulations quelles qu’en soient la nature. Il n’est pas nécessaire d’être pleinement éveillé pour être immunisé contre le nudge. Les premières capacités à se sortir de l’emprise du mental commencent à se voir très tôt, dès les premières semaines d’une pratique régulière. C’est l’entrée dans une voie profonde – et peut-être sans retour – de libération. Êtes-vous prêts pour l’expérience ?

 

 

[1] Définition Wikipédia

[2] Thaler & Cass, 2008, Nudge: Improving Decisions about Health, Wealth, and Happiness, Yale University Press

[3] Dan Ariely, 2017, C’est (vraiment ?) moi qui décide. Les raisons cachées de nos choix, Flammarion

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